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ODD 5
FICHE PROSPECTIVE OFFICIELLE • HORIZON 2040
Révision #16 validée et publiée le 30/08/2026

Éradication des pauvretés, accès aux besoins essentiels et sécurité alimentaire

Sections :1. Identité & Définition2. Diagnostic & Données Clés3. Lecture Systémique4. Cadre Scientifique & Juridique5. Prospective 2040 & Cibles6. Influencer & Agir
Bloc 1.1 — Identité & DéfinitionV 1.5 — 19/08/2026

Résumé synthétique

Éradiquer toutes les formes de pauvreté en France et en Europe — monétaire, alimentaire, énergétique, numérique, relationnelle, culturelle — et garantir à chaque personne l'accès à une alimentation saine, durable, choisie et de qualité. Non pas seulement sortir les gens de la misère, mais leur donner les moyens réels de vivre dignement — logement, alimentation, santé, éducation, inclusion, reconnaissance. La France, 7ᵉ puissance économique mondiale, compte près de 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté (seuil 60 %, INSEE 2023) et 32 % de sa population en insécurité alimentaire (Fondation Nestlé 2024). C'est un scandale moral, sanitaire et démocratique.

Définition détaillée — Piliers fondamentaux

1

La pauvreté monétaire

Définition vulgarisée :

C'est vivre avec un revenu insuffisant pour couvrir ses besoins essentiels. En France, il existe deux seuils : le seuil officiel INSEE (60 % du niveau de vie médian, 1 288 €/mois pour une personne seule en 2023 — 9,8 millions de Français, 15,4 %) et le seuil de l'Observatoire des inégalités (50 % du médian, 1 014 €/mois — grande pauvreté : 5,1 millions de personnes, 8,1 %). Sans redistribution, le taux grimperait à 21,7 %.

Définition précise :

Définie par l'INSEE à 60 % du niveau de vie médian (norme Eurostat) et par l'Observatoire des inégalités à 50 %. Le niveau de vie médian des personnes pauvres n'a gagné que 60 € en 20 ans (de 772 € à 832 €/mois entre 2002 et 2022). Le seuil de pauvreté subjective des Français s'établit à 1 396 €/mois (Secours populaire-IPSOS 2025). 1,4 million de personnes supplémentaires sont passées sous le seuil de pauvreté depuis le point bas de 2002.

Source : INSEE Première n° 2063 (2025) & Observatoire des inégalités
2

La pauvreté multidimensionnelle

Définition vulgarisée :

La pauvreté ne se réduit pas au manque d'argent : elle touche simultanément le logement (350 000 sans domicile, 4,2 M mal-logés), l'alimentation (insécurité alimentaire), l'énergie (12 M en précarité énergétique), le numérique (13 M en illectronisme), la santé (renoncement aux soins chez 33 % des précaires), l'éducation, les liens sociaux (7 M isolés) et la dignité (stigmatisation, honte, invisibilisation).

Définition précise :

Approche théorisée par Amartya Sen (capabilités) et opérationnalisée par le Multidimensional Poverty Index (MPI Oxford-PNUD). En France, l'INSEE mesure la pauvreté en conditions de vie (11,4 % en 2023) et la privation matérielle et sociale sévère (4,3 %). Le CNLE et le Secours Catholique documentent les 30 ans de pauvretés cumulées.

Source : Amartya Sen (1999), INSEE & CNLE
3

La précarité alimentaire

Définition vulgarisée :

C'est ne pas pouvoir se nourrir correctement, ni en quantité suffisante ni en qualité nutritionnelle acceptable. En France en 2024, 32 % des Français sont en insécurité alimentaire (Observatoire Vulnérabilités Alimentaires) et 16 % en restriction alimentaire subie (CRÉDOC/CESE 2025). 19 % ont eu faim dans l'année (28 % des familles avec enfants, 58 % des 18-24 ans). Plus de 9 millions de personnes ont recouru à l'aide alimentaire en 2023 (3× plus qu'en 2013).

Définition précise :

Mesurée à l'échelle internationale par le FIES (FAO). L'aide alimentaire en France est régie par l'article L. 266-2 du Code de l'action sociale (budget État 2025 : 147,4 M€, programme 304). 50 % des personnes ayant faim ne recourent pas à l'aide alimentaire par honte ou éloignement (Credoc / Université de Bordeaux). Les Restos du Cœur accueillent 1,3 million de personnes et distribuent 161 millions de repas par an.

Source : CRÉDOC, CESE (2025), Fondation Nestlé (2024) & Restos du Cœur (2025)
4

L'alimentation durable

Définition vulgarisée :

C'est une alimentation bonne pour la santé, bonne pour la planète et accessible à tous. Paradoxe français : 7ᵉ puissance mondiale agricole, mais 32 % en insécurité alimentaire et un modèle agro-industriel qui génère des maladies chroniques (obésité, diabète) tout en représentant 22 % de l'empreinte carbone des ménages. Les produits sains et bio restent perçus comme trop chers pour les foyers modestes.

Définition précise :

Définie par la FAO (2010) comme respectueuse de la biodiversité, accessible, économiquement juste, sûre et saine. Cadre français structuré par les lois EGalim 1 & 2 (50 % de produits durables/qualité en restauration collective publique dont 20 % bio), la loi Climat et Résilience, le PNNS 4, la future SNANC et le Nutri-Score (inventé par Serge Hercberg).

Source : FAO (2010), Lois EGalim (2018/2021) & Santé publique France
5

Le droit à l'alimentation

Définition vulgarisée :

C'est l'affirmation que bien manger est un droit fondamental, et non une charité ou un privilège. Avoir faim dans un pays riche constitue un échec politique et démocratique collectif. Alors que le droit au logement est opposable en France (Loi DALO 2007), le droit à l'alimentation ne l'est pas encore.

Définition précise :

Consacré par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (art. 11, 1966), la CIDE (art. 24 et 27) et la DUDH (art. 25). Plaidoyer porté par le Rapporteur spécial ONU Olivier de Schutter, le Secours Catholique et le Réseau SSA pour une inscription du droit à l'alimentation dans la Constitution française.

Source : Pacte DESC (art. 11), Olivier de Schutter & Réseau SSA

Articulation avec l'économie quaternaire

L'ODD+ #5 est au cœur même de l'économie quaternaire à travers cinq dimensions indissociables :

Échec du modèle économique dominant : Le PIB ne mesure ni ne réduit les inégalités réelles : la croissance enrichit les plus aisés sans éradiquer la pauvreté de 9,8 millions de Français. L'économie quaternaire réoriente la valeur vers les besoins fondamentaux.
Aide alimentaire massivement non marchande : Les Restos du Cœur, Banques alimentaires, Secours populaire et épiceries solidaires reposent sur des centaines de milliers de bénévoles et de dons, produisant une valeur sociale inestimable hors marché.
Alimentation durable comme bien commun : Se nourrir sainement est un droit inaliénable et un bien commun. Les AMAP, jardins partagés, coopératives et épiceries solidaires incarnent une gouvernance partagée et non spéculative.
Élargissement des capabilités : Selon Amartya Sen, la pauvreté est une privation de libertés substantielles. L'économie quaternaire restaure les capabilités fondamentales : se loger, se nourrir, se soigner, apprendre et participer.
Bascule paradigmatique de la Sécurité sociale de l'alimentation (SSA) : Passer d'une charité corrective à un droit garanti universel : 150 €/mois par citoyen conventionnés vers des filières durables, couplés à l'automatisation des minima sociaux.
Bascule paradigmatique : Sortir de la gestion curative de la misère exige une bascule paradigmatique : constitutionnalisation du droit à l'alimentation, création de la Sécurité sociale de l'alimentation (SSA) et automatisation intégrale des droits pour éradiquer le non-recours.

Valeur ajoutée vs ODD ONU d'origine

L'ODD+ #5 fusionne et enrichit l'ODD 1 (Pas de pauvreté) et l'ODD 2 (Faim « zéro ») de l'ONU, qui souffrent de quatre limites structurelles majeures :

Limite 1 — Vision purement monétaire (ODD 1) : L'ODD 1 cible les seuils d'extrême pauvreté internationale (2,15 $/jour), ignorant la pauvreté multidimensionnelle et en conditions de vie des pays développés.

Limite 2 — Séparation artificielle pauvreté / alimentation : Les ODD 1 et 2 traitent séparément ces deux enjeux alors que l'insécurité alimentaire est la manifestation directe et la plus violente de la pauvreté.

Limite 3 — Faible articulation écologique de l'alimentation : L'ODD 2 vise la quantité calorique sans remettre en cause l'agro-industrie polluante, les pesticides et l'ultra-transformation.

Limite 4 — Absence de droit opposable à l'alimentation : Ni l'ODD 1 ni l'ODD 2 ne consacrent juridiquement le droit opposable à une alimentation saine et choisie.

En synthèse : Là où les ODD 1 et 2 traitent séparément et de manière curative la pauvreté monétaire et la faim dans le monde, l'ODD+ #5 réunit ces combats sous l'égide de la dignité humaine, de la transition agroécologique et du droit opposable à l'alimentation dans un pays riche.

Bloc 1.2 — Diagnostic & Enjeux

Situation actuelle — Données clés (France, Europe, Monde)

IndicateurDonnéePérimètreAnnéeSource
Taux de pauvreté monétaire en France (seuil 60 % du revenu médian)15,4 % (9,8 millions de personnes sous 1 288 €/mois)France2023-2024INSEE Première n° 2063, Secours Catholique
Taux de grande pauvreté en France (seuil 50 % du revenu médian)8,1 % (5,1 millions de personnes sous 1 014 €/mois)France2022-2024Observatoire des inégalités, INSEE
Part de la population en précarité ou insécurité alimentaire32 % (Observatoire) / 16 % restriction sévère (CRÉDOC/CESE)France2024-2025Observatoire Vulnérabilités Alimentaires, CRÉDOC, CESE
Insécurité alimentaire chez les jeunes de 18 à 24 ans58 % (dont 41 % en insécurité sévère)France2024Fondation Nestlé
Personnes sans domicile (SDF) en France350 000 personnes (doublement en 15 ans, 912 décès à la rue en 2024)France2025-2026Fondation pour le Logement des Défavorisés
Personnes mal-logées en France4,2 millions de personnesFrance2025Fondation pour le Logement des Défavorisés
Enfants vivant sous le seuil de pauvreté2,9 millions d'enfants (21,9 % des moins de 18 ans)France2023INSEE, UNICEF France
Taux de pauvreté des familles monoparentales34,3 % (85 % de femmes seules avec enfants)France2023INSEE
Taux de non-recours au RSA (droits non réclamés)33 à 37 % (561 000 foyers éligibles, 630 M€/trimestre non versés)France2021-2026DREES Études et Résultats n° 1370
Nombre de personnes ayant eu recours à l'aide alimentairePlus de 9 millions de personnes en 2023 (3× plus qu'en 2013)France2023-2025CESE, COCOLUPA
Bénéficiaires accueillis aux Restos du Cœur1,3 million de personnes (161 millions de repas distribués)France2024-2025Restos du Cœur
Taux de pauvreté avant transferts et redistribution sociale21,7 % (modèle amortisseur mais saturé)France2023Cour des comptes, OFCE
Population française en situation de précarité énergétique12 millions de personnesFrance2024ONPE
Population touchée par l'illectronisme et la fracture numérique13 millions de personnesFrance2023INSEE
Personnes en situation d'isolement social complet7 millions de personnesFrance2024Fondation de France
Taux de pauvreté en Outre-mer (Mayotte, Guyane, Réunion...)30 % à 77 % selon les territoires (Mayotte : 77 %)France (Outre-mer)2022-2024INSEE
Gaspillage alimentaire annuel en France10 millions de tonnes / an (coût estimé : 16 Md€)France2024ADEME
Taux de conformité des cantines publiques à la Loi EGalim~30 % conformes (50 % qualité-durable dont 20 % bio)France2024-2025Cour des comptes, ma cantine
Territoires habilités Territoires zéro chômeur longue durée (TZCLD)85 territoires habilités (94 EBE, 4 000 salariés en CDI)France2026TZCLD, DARES
Projets alimentaires territoriaux (PAT) labellisés450+ PAT (couvrant 63 % de la SAU française)France2025Ministère de l'Agriculture
Extrême pauvreté et sous-nutrition dans le monde700 M sous 2,15 $/j / 735 M en sous-nutritionMonde2023-2024Banque mondiale, FAO

Enjeux majeurs

Enjeu 1

Avec 15,4 % de taux de pauvreté (seuil 60 %, 2023), la France atteint son plus haut niveau depuis 30 ans avec 9,8 millions de personnes sous le seuil. 1,4 million de personnes supplémentaires sont devenues pauvres depuis 2002.

Enjeu 2

32 % des Français sont en vulnérabilité alimentaire et 16 % en restriction sévère. L'inflation alimentaire (+14 % sur 2022-2023) a submergé l'aide alimentaire associative (9 millions de bénéficiaires en 2023).

Enjeu 3

10 millions de tonnes de nourriture jetées chaque année en France (16 Md€). Bien que la Loi Garot de 2016 interdise la destruction des invendus en grandes surfaces, les pertes restent massives en restauration et chez les ménages.

Enjeu 4

L'alimentation représente 22 % de l'empreinte carbone des Français. Les ménages modestes sont les plus exposés aux produits ultra-transformés : l'obésité est 2× plus fréquente chez les personnes précaires.

Enjeu 5

2,9 millions d'enfants (21,9 %) vivent sous le seuil de pauvreté en France. Les familles monoparentales (dont 85 % de femmes seules) affichent un taux de pauvreté dramatique de 34,3 %.

Enjeu 6

33 à 37 % des personnes éligibles au RSA ne le demandent pas (561 000 foyers, 630 M€/trimestre non distribués). La dématérialisation et la honte sociale accentuent cette exclusion.

Enjeu 7

350 000 personnes sans domicile et 4,2 millions de mal-logés. La saturation du logement social (2,8 millions de demandeurs en attente) constitue le 1ᵉʳ verrou d'accès aux autres droits.

Enjeu 8

Les territoires ultramarins connaissent des taux de pauvreté record (77 % à Mayotte, 53 % en Guyane, 36 % à La Réunion) aggravés par la vie chère (+20 à 40 % vs métropole).

Obstacles et freins

Type de frein / ObstacleDescriptionExemples concrets
InstitutionnelComplexité administrative extrême, dématérialisation excluante et dispersion des politiques publiques anti-pauvreté.561 000 foyers non-recourants au RSA ; 13 millions de Français en situation d'illectronisme.
ÉconomiqueInégalités patrimoniales abyssales (top 10 % détient 50 % des richesses) et renchérissement des dépenses contraintes (logement, énergie, alimentation).Les dépenses contraintes représentent près de 60 % du budget des ménages pauvres.
Social & CulturelStigmatisation des bénéficiaires de minima sociaux (« assistés ») et honte du recours à l'aide alimentaire.50 % des personnes ayant faim renoncent à l'aide alimentaire par honte ou éloignement.
PolitiqueCourt-termisme des plans gouvernementaux successifs et conditionnalité durcie des prestations (ex. 15h d'activité RSA).Risque de radiation et d'exclusion accrue des publics les plus fragilisés.
Agro-industrielModèle dual favorisant les calories bon marché ultra-transformées au détriment des filières agroécologiques accessibles.Les produits bio et locaux demeurent perçus comme des produits de luxe hors de portée.
Logistique & FoncierPénurie aiguë de logements sociaux financés (85 000 en 2024 vs 124 000 en 2016) et spéculation immobilière.2,8 millions de dossiers en attente de logement social en France.
TerritorialRetards structurels d'infrastructures et surcoûts massifs de la vie quotidienne en Outre-mer.Surcoût alimentaire de 30 % à 40 % aux Antilles, en Guyane et à Mayotte.
Bloc 1.3 — Lecture Systémique & Interdépendances

Connexions avec les autres ODD+

L'ODD+ constitue un nœud systémique majeur : sa trajectoire conditionne et rétroagit sur les autres ODD+.

ODD+ connexeNature du lienDescription
ODD+ #1Lutte contre le dérèglement climatiqueInterdépendanceL'alimentation représente 22 % de l'empreinte carbone française ; la pauvreté accroît la vulnérabilité aux chocs climatiques et à la précarité énergétique (12 M).
ODD+ #2Préservation de la biodiversitéInterdépendanceL'agriculture intensive et les pesticides constituent la 1ʳᵉ cause d'érosion de la biodiversité et de dégradation des sols.
ODD+ #3Énergies propres et ressourcesInterdépendanceLa précarité énergétique touche 12 millions de Français contraints d'arbitrer entre chauffage et alimentation.
ODD+ #4Justice environnementale et droits futursInterdépendanceLes inégalités environnementales et l'exposition aux pollutions frappent prioritairement les quartiers et populations défavorisés.
ODD+ #5Santé globale et préventionInterdépendanceL'alimentation est le 1ᵉʳ déterminant de santé (obésité ×2 chez les pauvres, renoncement aux soins 33 %, 13 ans d'écart d'espérance de vie).
ODD+ #6Éducation émancipatriceInterdépendanceLa précarité et la faim compromettent les apprentissages scolaires ; les cantines publiques (8 M repas/j) sont un vecteur majeur d'égalité.
ODD+ #7Égalité réelle des genresInterdépendance85 % des familles monoparentales sont des femmes seules avec enfants, confrontées à un taux de pauvreté record de 34,3 %.
ODD+ #8Réduction des inégalités économiquesInterdépendanceLa pauvreté résulte directement de l'hyper-concentration des patrimoines (le top 10 % possède 50 % de la richesse nationale).
ODD+ #9Économie régénérative et post-croissanceInterdépendanceL'économie sociale et solidaire, les AMAP et les coopératives prouvent la faisabilité de circuits non spéculatifs.
ODD+ #10Travail digne et émancipateurInterdépendance6,6 % des salariés sont des travailleurs pauvres (working poor) et le taux de pauvreté atteint 36 % chez les demandeurs d'emploi.
ODD+ #11Consommation sobre et zéro déchetInterdépendance10 Mt de gaspillage alimentaire annuel alors que les produits sains restent hors de portée budgétaire des ménages modestes.
ODD+ #12Nouveaux indicateurs de bien-êtreInterdépendanceNécessité de mesurer les conditions de vie et les capabilités réelles au-delà du seul PIB monétaire.
ODD+ #13Paix durable et démocratieInterdépendanceLa grande précarité et l'invisibilisation nourrissent l'abstention, le sentiment d'abandon et la défiance démocratique.
ODD+ #14Résilience systémiqueInterdépendanceLa résilience alimentaire locale et la sécurité d'approvisionnement territoriale protègent les plus vulnérables en temps de crise.

Effets croisés et boucles systémiques

Boucle 1 — Pauvreté ↔ Santé ↔ Emploi

Boucle 2 — Pauvreté ↔ Éducation ↔ Reproduction intergénérationnelle

Boucle 3 — Modèle agro-industriel ↔ Environnement ↔ Précarité alimentaire

Boucle 4 — Pauvreté ↔ Logement dégradé ↔ Précarité énergétique

Causes systémiques profondes

1

Inégalités structurelles de revenus et de patrimoine

Secteur : Économique | Tension : Concentration des richesses vs équité sociale

Les 10 % les plus riches possèdent 50 % du patrimoine national pendant que 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

2

Inadéquation du filet de protection sociale et minima insuffisants

Secteur : Social | Tension : Montant sous le seuil de pauvreté vs survie digne

Le RSA (environ 650 €/mois) reste 30 % inférieur au seuil de pauvreté (1 014 €), maintenant les bénéficiaires dans la grande pauvreté même à plein recours.

3

Non-recours massif et stable aux prestations sociales

Secteur : Administratif | Tension : Droits légaux proclamés vs accès réel effectif

33 à 37 % des foyers éligibles ne touchent pas le RSA (561 000 foyers) en raison de la complexité, de la honte et de la dématérialisation.

4

Crise structurelle du logement et pénurie de logements sociaux

Secteur : Logement | Tension : Spéculation immobilière vs droit inconditionnel à un toit

Production de logements sociaux tombée à 85 000 en 2024 pour 2,8 millions de demandeurs, générant 350 000 personnes sans domicile.

5

Modèle agro-alimentaire dual et marchandisation de la nourriture

Secteur : Agroalimentaire | Tension : Nourriture comme marchandise vs droit fondamental

Surproduction de calories ultra-transformées bon marché mais délétères, tandis que les produits sains restent hors de prix pour les foyers modestes.

6

Travail précaire, temps partiel subi et travailleurs pauvres

Secteur : Emploi | Tension : Flexibilité du marché du travail vs salaire décent

6,6 % des salariés français vivent sous le seuil de pauvreté (1,2 million en temps partiel subi, 80 % de femmes).

7

Numérisation excluante des services publics

Secteur : Numérique | Tension : Dématérialisation technologique vs inclusion humaine

13 millions de Français en illectronisme se retrouvent exclus des démarches CAF, France Travail et CPAM.

8

Stigmatisation et invisibilisation des personnes en précarité

Secteur : Culturel | Tension : Discours sur l'« assistanat » vs dignité et reconnaissance

Honte sociale et culpabilisation des personnes précaires documentées depuis 60 ans par ATD Quart Monde.

9

Oubli et surcoûts structurels des territoires ultramarins

Secteur : Territorial | Tension : Égalité républicaine vs éloignement géographique

Taux de pauvreté culminant à 77 % à Mayotte et vie chère (+20 à 40 %) sans politiques compensatoires adéquates.

10

Court-termisme et fragmentation des politiques anti-pauvreté

Secteur : Politique | Tension : Plans pluriannuels éphémères vs loi-cadre pérenne

Absence de loi de programmation anti-pauvreté contraignante et financée sur le long terme.

Tensions, arbitrages et risques de contradictions

Tension 1

Tension 2

Tension 3

Tension 4

Tension 5

Tension 6

Tension 7

Tension 8

Bloc 2 — Cadre Scientifique, Juridique & Écosystème

Cadre scientifique & Publications majeures

Cadre juridique & institutionnel

Cartographie des experts de référence

🇫🇷

Serge Paugam

Sociologue de la pauvretéEHESS / CNRS

Travaux clés : Les formes élémentaires de la pauvreté (2005), La disqualification sociale

🇫🇷

Nicolas Duvoux

Sociologue et expert protection socialeUniversité Paris 8 / Président CNLE

Travaux clés : Les oubliés du rêve américain (2015), L'autonomie pourrie

🇫🇷

Martin Hirsch

Créateur du RSA et acteur de la solidaritéHaut fonctionnaire / Ex-Président AP-HP

Travaux clés : Cela devient cher d'être pauvre (2013), Pour en finir avec les conflits d'intérêts

🇫🇷

Louis Maurin

Directeur d'observatoireObservatoire des inégalités

Travaux clés : Rapport annuel sur la pauvreté en France, Comprendre les inégalités

🇫🇷

Thomas Piketty

Économiste des inégalitésEHESS / Paris School of Economics

Travaux clés : Le Capital au XXIᵉ siècle (2013), Une brève histoire de l'égalité (2021)

🇫🇷

Lucas Chancel

Économiste justice climatiqueWorld Inequality Lab / Sciences Po

Travaux clés : Insoutenables inégalités (2017), World Inequality Report

🇫🇷

Esther Duflo

Économiste du développementMIT / Collège de France (Nobel 2019)

Travaux clés : Poor Economics (2011), Repenser la pauvreté

🇫🇷

Serge Hercberg

Nutritionniste et épidémiologisteUniversité Sorbonne Paris Nord

Travaux clés : Inventeur du Nutri-Score, Mange et tais-toi (2022)

🇫🇷

Mathilde Touvier

Directrice de recherche épidémiologieINSERM

Travaux clés : Cohorte NutriNet-Santé (170 000 participants), recherches aliments ultra-transformés

🇧🇪

Olivier de Schutter

Juriste et expert droits humainsRapporteur spécial ONU

Travaux clés : Rapports sur le droit à l'alimentation et l'extrême pauvreté

🇫🇷

Christophe Robert

Délégué général et sociologueFondation pour le Logement des Défavorisés

Travaux clés : Rapports annuels sur l'état du mal-logement en France

🇫🇷

Patrice Blanc

Président d'associationLes Restos du Cœur

Travaux clés : Plaidoyer pour l'aide alimentaire et l'accueil inconditionnel

Mapping des associations & ONG engagées

AssociationPaysObjet & VisionActions engagées
ATD Quart MondeFrance / InternationalÉradication de l'extrême pauvreté par l'accès aux droits et le croisement des savoirsExpérimentation TZCLD, université populaire Quart Monde, plaidoyer international.
Les Restos du CœurFranceAide alimentaire d'urgence et accompagnement vers l'autonomie1,3 million de personnes accueillies, 161 millions de repas distribués par 78 000 bénévoles.
Secours Catholique — Caritas FranceFranceLutte contre toutes les formes de pauvreté et plaidoyer de justice socialeRapport annuel de référence sur la pauvreté, 2,7 millions de personnes accompagnées.
Secours populaire françaisFranceSolidarité populaire d'urgence et accès aux vacances, à la culture et aux droitsBaromètre annuel de la précarité IPSOS, libre-service alimentaire solidaire.
Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre)FranceCombat contre le mal-logement et défense des personnes sans domicile31 rapports annuels sur le mal-logement, financement de pensions de famille et Logement d'abord.
Emmaüs FranceFranceAccueil inconditionnel, insertion par le travail et réemploi solidaire300 structures, 7 000 compagnons d'Emmaüs, boutiques solidaires et ateliers de recyclage.
Fédération Française des Banques Alimentaires (FFBA)FranceCollecte et redistribution de denrées alimentaires aux associations partenaires2,4 millions de personnes aidées via 79 banques alimentaires réparties en France.
ANDES — Réseau des Épiceries SolidairesFranceAccès digne à une alimentation de qualité choisie à prix symboliqueRéseau de plus de 400 épiceries solidaires en France proposant produits frais et ateliers.
Réseau CocagneFranceInsertion sociale et professionnelle par le maraîchage biologique en circuits courts120 jardins de Cocagne, 4 000 salariés en insertion produisant des paniers bio solidaires.
Réseau pour une Sécurité Sociale de l'Alimentation (SSA)FrancePlaidoyer et expérimentation d'une Sécurité sociale de l'alimentation universelleExpérimentations territoriales (Montpellier, Lyon, Gironde), budget citoyen de 150 €/mois.
Bloc 3 — Projeter, Innover & Mesurer (Prospective 2040)

Prospective 2040 — Scénarios d'évolution

🟢
Scénario positif

La France zéro pauvreté, championne européenne de la justice alimentaire

En 2040, la France a éradiqué la grande pauvreté et divisé par trois la pauvreté monétaire : le taux de pauvreté (seuil 50 %) est tombé à 3 % et le taux au seuil 60 % à 7 %. La Sécurité sociale de l'alimentation (SSA) est pleinement opérationnelle, attribuant 150 €/mois à chaque citoyen fléchés vers des produits durables et bio. Le droit à l'alimentation est sanctuarisé dans la Constitution. Le sans-abrisme a été divisé par 5 grâce à la généralisation du modèle « Logement d'abord » et l'expérimentation Territoires zéro chômeur longue durée (TZCLD) est déployée dans 500 bassins de vie. Le non-recours est tombé à 5 % grâce à l'automatisation intégrale des prestations sociales.

🟡
Scénario intermediaire

Progrès réels mais persistance d'inégalités structurelles

Le taux de pauvreté (seuil 50 %) baisse à 5 % mais la pauvreté monétaire globale stagne autour de 12 %. La SSA reste confinée à une trentaine de territoires expérimentaux tandis qu'un chèque alimentaire national compense partiellement l'inflation. Le sans-abrisme est divisé par deux sans être éradiqué. Le non-recours diminue à 15 % mais la bureaucratie persiste.

🔴
Scénario negatif

Fracture sociale aiguë et saturation de l'aide d'urgence

Le taux de pauvreté monétaire dépasse 18 % et l'insécurité alimentaire frappe 40 % des Français. Les réseaux associatifs d'urgence sont débordés face à l'afflux de 12 millions de bénéficiaires. Le nombre de personnes sans domicile dépasse 500 000. Le RSA conditionné a exclu les populations les plus vulnérables du système de solidarité, provoquant une crise démocratique et sanitaire majeure.

Cibles stratégiques à l'horizon 2040

Cible 12040

Réduction du taux de pauvreté monétaire (seuil 50 %) à 3 % d'ici 2040

Faire reculer la grande pauvreté en France de 8,1 % (5,1 M personnes) à moins de 3 % (0,8 M).

Cible 22035

Éradication de l'insécurité alimentaire (de 32 % à 5 %) d'ici 2035

Garantir un accès universel à une alimentation nutritive, saine et durable pour tous les foyers.

Cible 32030

Inscription du droit à l'alimentation dans la Constitution française d'ici 2030

Consécration constitutionnelle faisant de l'alimentation un droit opposable au même titre que le logement.

Cible 42032

Mise en place nationale de la Sécurité sociale de l'alimentation (SSA) d'ici 2032

Allocation mensuelle de 150 €/personne conventionnée vers l'alimentation durable et financée par cotisations.

Cible 52030

Division par trois du gaspillage alimentaire (10 Mt → 3 Mt) d'ici 2030

Renforcement de la loi Garot et plans anti-gaspillage contraignants en restauration et distribution.

Cible 62028

100 % des cantines scolaires conformes EGalim d'ici 2028

8 millions de repas quotidiens composés à 50 % de produits durables dont 20 % issus de l'agriculture biologique.

Cible 72035

Extension de Territoires zéro chômeur longue durée (TZCLD) à 500 territoires d'ici 2035

Garantie d'emploi solidaire et utile territorialisée pour toutes les personnes volontaires privées d'emploi.

Cible 82035

Division par cinq du sans-abrisme (350 000 → 70 000) d'ici 2035

Généralisation du 'Logement d'abord' et relance de la production de 150 000 logements sociaux par an.

Cible 92030

Automatisation des prestations sociales et non-recours réduit à 5 % d'ici 2030

Versement automatique du RSA, de la Prime d'activité et de la CSS sans démarche administrative complexe.

Cible 102030

Déploiement de 2 000 Projets alimentaires territoriaux (PAT) d'ici 2030

Couverture de 80 % de la SAU française par des filières maraîchères et agricoles relocalisées.

Indicateurs & KPIs de pilotage

Indicateur de pilotage

Taux de pauvreté monétaire en France (seuil 50 %)

Actuel :8,1 % (5,1 millions de personnes)
Indicateur de pilotage

Part de la population en situation de précarité ou insécurité alimentaire

Actuel :32 % (Observatoire) / 16 % (CRÉDOC)
Indicateur de pilotage

Nombre de personnes sans domicile (SDF) en France

Actuel :350 000 personnes

Feuille de route chronologique

2025-2027

2028-2031

2032-2035

2036-2040

Bloc 4 — Influencer & Agir (Playbook de Transformation)

4.1 Politiques publiques & Régulations

Régulations en France

Constitutionnalisation solennelle du droit à l'alimentation comme droit humain opposable.,Mise en place progressive de la Sécurité sociale de l'alimentation (150 €/mois par citoyen conventionnés).,Automatisation intégrale des prestations sociales (RSA, Prime d'activité, CSS) pour éradiquer le non-recours.,Revalorisation des minima sociaux (RSA) au niveau du seuil de pauvreté à 50 % (1 014 €/mois).,Généralisation de la politique du 'Logement d'abord' et relance de la production de 150 000 logements sociaux/an.,Exigence de 100 % de conformité EGalim dans l'ensemble des cantines publiques (8 millions de repas/jour).,Pérennisation et extension du programme Territoires zéro chômeur longue durée (TZCLD) à 500 territoires.,Plan national d'éradication des déserts alimentaires et soutien massif aux Projets alimentaires territoriaux (PAT).

Complémentarité européenne

Adoption d'une directive européenne contraignante sur le revenu minimum adéquat au-dessus du seuil de pauvreté.,Application pleine et entière de la Garantie européenne pour l'enfance garantissant repas et soins gratuits.,Réorientation des aides de la PAC vers l'agroécologie, le maraîchage local et les exploitations à taille humaine.,Mise en œuvre du plan européen d'éradication du sans-abrisme d'ici 2030.

Projets prioritaires pour le futur

ProjetNiveau d'effortJustification
Projet 1Élevé
Projet 2Très élevé
Projet 3Élevé
Projet 4Élevé

4.2 Entreprises & Modèles économiques de transition

Modèle / StratégieDescriptionExemples
Modèle 1Commerces de proximité permettant aux personnes précaires d'acheter des denrées de qualité à 10-30 % du prix marché.Plus de 400 épiceries ANDES, groupements VRAC (Vers un Réseau d'Achat en Commun).
Modèle 2Partenariats directs solidaires entre consommateurs et producteurs locaux sans intermédiaires spéculatifs.Plus de 2 000 AMAP en France (50 000 familles), Biocoop, La Ruche qui dit Oui.
Modèle 3Solutions numériques et logistiques permettant la valorisation et la redistribution commerciale des invendus.Too Good To Go, Phenix, Le Chaînon Manquant, Zéro Gâchis.
Modèle 4Exploitations agroécologiques biologiques combinant production maraîchère et réinsertion socioprofessionnelle.120 Jardins de Cocagne employant 4 000 salariés en insertion.
Modèle 5Magasins autogérés par leurs membres proposant des produits sains et locaux à prix accessible.La Louve (Paris), Supercoop (Bordeaux), La Cagette (Montpellier), Otsokop (Bayonne).
Modèle 6Structures conventionnées créant des emplois en CDI adaptés aux compétences des chômeurs de longue durée.94 EBE réparties dans 85 territoires habilités en France.
Modèle 7Initiatives de consommateurs garantissant une rémunération décente aux éleveurs et maraîchers.Plus de 50 produits équitables plébiscités par 18 millions de consommateurs.
Modèle 8Acquisition citoyenne collective de terres pour installer de jeunes agriculteurs bio et pérenniser l'usage nourricier.Terre de Liens (plus de 300 fermes préservées, 35 000 actionnaires solidaires).

4.3 Citoyen·nes & Société civile

Action concrèteObjectif / Justification
Réduire de moitié le gaspillage alimentaire à domicileDiminuer ses déchets alimentaires de 50 %
Adhérer à une AMAP ou à un circuit court localAcheter au moins 1 panier hebdomadaire en circuit court
Effectuer un don régulier ou s'engager bénévolement auprès d'une association de solidarité1 don mensuel ou 4 heures de bénévolat par mois
Privilégier la cuisine maison à base de produits bruts et de saisonAtteindre 80 % de repas préparés maison sans ultra-transformés
Réduire sa consommation de viande rouge et de charcuterieDiviser par deux sa consommation au profit de légumineuses locales
Utiliser les applications anti-gaspillage pour sauver des invendusSauver au moins 1 panier invendu par semaine
Privilégier les produits étiquetés Nutri-Score A ou BChoisir prioritairement les produits sains et transparents
S'engager et faire signer le plaidoyer pour la Sécurité sociale de l'alimentationFaire connaître la SSA à 5 personnes et signer l'appel
Soutenir les initiatives citoyennes locales (jardins partagés, frigos solidaires)Participer à la vie d'un jardin ou d'un réseau de troc solidaire
Voter en conscience pour des programmes de justice sociale et de solidaritéParticiper à chaque scrutin en évaluant l'ambition anti-pauvreté