Résumé synthétique
Réduire massivement les inégalités économiques en France et en Europe — inégalités de revenus, de patrimoine, d'héritage, d'accès aux services essentiels, et inégalités environnementales — par une réforme profonde de la fiscalité, de la redistribution et du modèle économique. Non pas viser l'égalité parfaite, mais garantir que les écarts ne soient pas si grands qu'ils détruisent la cohésion sociale, la démocratie et la santé — et que chaque personne ait les moyens réels de vivre dignement. La France, 7ᵉ puissance mondiale, est le 3ᵉ pays le plus inégalitaire des pays riches avant redistribution (après les USA et le UK) — et désormais moins égalitaire que la moyenne UE après redistribution (Gini revenus 0,300 en 2024 vs 0,294 UE). Les 50 % de ménages les plus aisés détiennent 93 % du patrimoine total.
Définition détaillée — Piliers fondamentaux
Les inégalités de revenus et la pré-distribution
L'écart entre ce que gagnent les plus riches et les plus pauvres. En France, le niveau de vie médian est de 2 028 €/mois pour une personne seule (INSEE 2023). Les 10 % les plus riches gagnent 4,3 fois plus que les 20 % les plus pauvres (rapport S80/S20). Avant redistribution, la France est le 3ᵉ pays le plus inégalitaire des pays riches (après USA et UK). Après redistribution, la France est devenue en 2024 moins égalitaire que la moyenne européenne (Gini 0,300 vs 0,294 UE).
Mesuré par le coefficient de Gini, le rapport interquintile S80/S20, le rapport interdécile D9/D1 et la part du top 1 % dans le revenu national (World Inequality Lab). En France, le Gini avant redistribution a atteint un plus haut historique de 0,373 en 2021. La redistribution publique réduit le Gini de 0,08 point mais ne suffit plus à compenser le creusement des inégalités primaires.
Source : INSEE (2023), Eurostat (2024) & World Inequality Lab (wid.world)Les inégalités de patrimoine et la concentration du capital
L'écart entre ce que possèdent les ménages (immobilier, épargne, actions, entreprises). En France en 2024, les 50 % des ménages les plus aisés détiennent 93 % du patrimoine total (INSEE 2025). Les 10 % les plus dotés possèdent plus de 857 700 €, tandis que les 10 % les moins dotés possèdent moins de 6 200 € — soit un rapport de 138 pour 1.
Mesuré par les enquêtes Patrimoine de l'INSEE et HFCS de la BCE. L'indice de Gini du patrimoine en France s'établit à 0,652 en 2024 (en hausse vs 0,645 en 2015), soit plus du double du Gini des revenus (0,299). Les 5 % des ménages les mieux dotés en patrimoine professionnel possèdent 95 % de la masse totale de ce type d'actif.
Source : INSEE Enquête Patrimoine (décembre 2025) & BCE HFCSLes inégalités d'héritage et le retour de la société d'héritiers
En France, l'héritage représente désormais 60 % du patrimoine total (contre 35 % dans les années 1970). La France redevient une société d'héritiers où la naissance compte plus que le travail : 10 % des Français héritent de plus de 200 000 €, tandis que 50 % héritent de moins de 25 000 €. Le taux effectif moyen de taxation des successions n'est que de 5 % en raison des niches fiscales et de l'assurance-vie.
Documenté par Thomas Piketty (Le Capital au XXIᵉ siècle 2013, Capital et idéologie 2019) et le Conseil d'Analyse Économique (Note CAE n°69, 2021). Proposition d'une dotation universelle en capital de 120 000 € attribuée à chaque citoyen à 25 ans, financée par un barème successoral effectif et progressif sans niches.
Source : Thomas Piketty (2013, 2019) & Conseil d'Analyse Économique (2021)Les inégalités environnementales et la double peine écologique
Les plus riches polluent massivement plus et les plus modestes subissent de plein fouet les pollutions et dérèglements climatiques. En France, les 10 % les plus riches émettent 4 fois plus de CO₂ que les 50 % les plus pauvres. Le top 1 % émet 70 tonnes de CO₂/an (contre 2 à 3 tonnes pour les 10 % les plus modestes). Les quartiers défavorisés cumulent bruit, pollution de l'air et vulnérabilité aux canicules.
Théorisé par Lucas Chancel (Insoutenables inégalités 2017) et documenté par Oxfam et le World Inequality Lab. Rapport interdécile des émissions carbone de ~20 (D10/D1). L'expérience des Gilets Jaunes (2018) prouve que toute fiscalité écologique doit impérativement être progressive et redistributive.
Source : Lucas Chancel (2017), Oxfam France & World Inequality Lab (2022)La justice fiscale et la régulation mondiale des richesses
Chaque acteur doit contribuer selon ses facultés réelles. En France, le système fiscal est régressif au sommet : les 0,1 % les plus riches paient un taux effectif d'imposition inférieur à celui des classes moyennes (études IPP). La suppression de l'ISF a fait perdre 3 Md€/an sans effet sur l'investissement, tandis que l'évasion et l'optimisation fiscales coûtent 80 à 100 Md€/an à l'État.
Recherches de Gabriel Zucman, Emmanuel Saez et Camille Landais (UC Berkeley, LSE, IPP). Proposition d'un impôt mondial de 2 % sur le patrimoine des 3 000 milliardaires (200-250 Md$/an de recettes mondiales, portée au G20 Brésil 2024) et renforcement du taux plancher de l'OCDE (Pillar 2) de 15 % à 25 %.
Source : Gabriel Zucman (2015, 2024), Emmanuel Saez & Camille LandaisArticulation avec l'économie quaternaire
L'ODD+ #9 est le socle distributif de l'économie quaternaire à travers cinq dimensions indissociables :
Valeur ajoutée vs ODD ONU d'origine
L'ODD+ #9 enrichit et transforme l'ODD 10 (Inégalités réduites) de l'ONU en levant 3 limites majeures :
Limite 1 — Faible articulation inégalités-environnement : L'ODD 10 ignore les inégalités écologiques (empreinte carbone du top 1 %, double peine des ménages modestes). L'ODD+ #9 en fait un pilier central.
Limite 2 — Causes structurelles non nommées : L'ODD 10 ne traite ni de la concentration patrimoniale, ni du retour de la société d'héritiers, ni de la financiarisation.
Limite 3 — Absence d'engagements fiscaux contraignants : L'ODD 10 n'intègre pas la justice fiscale, l'évasion fiscale offshore ni les impôts sur la fortune.
En synthèse : L'ODD+ #9 redéfinit la lutte contre les inégalités en combinant pré-distribution, justice fiscale patrimoniale et environnementale, et régulation internationale des super-riches.