Résumé synthétique
Éradiquer toutes les formes de pauvreté en France et en Europe — monétaire, alimentaire, énergétique, numérique, relationnelle, culturelle — et garantir à chaque personne l'accès à une alimentation saine, durable, choisie et de qualité. Non pas seulement sortir les gens de la misère, mais leur donner les moyens réels de vivre dignement — logement, alimentation, santé, éducation, inclusion, reconnaissance. La France, 7ᵉ puissance économique mondiale, compte près de 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté (seuil 60 %, INSEE 2023) et 32 % de sa population en insécurité alimentaire (Fondation Nestlé 2024). C'est un scandale moral, sanitaire et démocratique.
Définition détaillée — Piliers fondamentaux
La pauvreté monétaire
C'est vivre avec un revenu insuffisant pour couvrir ses besoins essentiels. En France, il existe deux seuils : le seuil officiel INSEE (60 % du niveau de vie médian, 1 288 €/mois pour une personne seule en 2023 — 9,8 millions de Français, 15,4 %) et le seuil de l'Observatoire des inégalités (50 % du médian, 1 014 €/mois — grande pauvreté : 5,1 millions de personnes, 8,1 %). Sans redistribution, le taux grimperait à 21,7 %.
Définie par l'INSEE à 60 % du niveau de vie médian (norme Eurostat) et par l'Observatoire des inégalités à 50 %. Le niveau de vie médian des personnes pauvres n'a gagné que 60 € en 20 ans (de 772 € à 832 €/mois entre 2002 et 2022). Le seuil de pauvreté subjective des Français s'établit à 1 396 €/mois (Secours populaire-IPSOS 2025). 1,4 million de personnes supplémentaires sont passées sous le seuil de pauvreté depuis le point bas de 2002.
Source : INSEE Première n° 2063 (2025) & Observatoire des inégalitésLa pauvreté multidimensionnelle
La pauvreté ne se réduit pas au manque d'argent : elle touche simultanément le logement (350 000 sans domicile, 4,2 M mal-logés), l'alimentation (insécurité alimentaire), l'énergie (12 M en précarité énergétique), le numérique (13 M en illectronisme), la santé (renoncement aux soins chez 33 % des précaires), l'éducation, les liens sociaux (7 M isolés) et la dignité (stigmatisation, honte, invisibilisation).
Approche théorisée par Amartya Sen (capabilités) et opérationnalisée par le Multidimensional Poverty Index (MPI Oxford-PNUD). En France, l'INSEE mesure la pauvreté en conditions de vie (11,4 % en 2023) et la privation matérielle et sociale sévère (4,3 %). Le CNLE et le Secours Catholique documentent les 30 ans de pauvretés cumulées.
Source : Amartya Sen (1999), INSEE & CNLELa précarité alimentaire
C'est ne pas pouvoir se nourrir correctement, ni en quantité suffisante ni en qualité nutritionnelle acceptable. En France en 2024, 32 % des Français sont en insécurité alimentaire (Observatoire Vulnérabilités Alimentaires) et 16 % en restriction alimentaire subie (CRÉDOC/CESE 2025). 19 % ont eu faim dans l'année (28 % des familles avec enfants, 58 % des 18-24 ans). Plus de 9 millions de personnes ont recouru à l'aide alimentaire en 2023 (3× plus qu'en 2013).
Mesurée à l'échelle internationale par le FIES (FAO). L'aide alimentaire en France est régie par l'article L. 266-2 du Code de l'action sociale (budget État 2025 : 147,4 M€, programme 304). 50 % des personnes ayant faim ne recourent pas à l'aide alimentaire par honte ou éloignement (Credoc / Université de Bordeaux). Les Restos du Cœur accueillent 1,3 million de personnes et distribuent 161 millions de repas par an.
Source : CRÉDOC, CESE (2025), Fondation Nestlé (2024) & Restos du Cœur (2025)L'alimentation durable
C'est une alimentation bonne pour la santé, bonne pour la planète et accessible à tous. Paradoxe français : 7ᵉ puissance mondiale agricole, mais 32 % en insécurité alimentaire et un modèle agro-industriel qui génère des maladies chroniques (obésité, diabète) tout en représentant 22 % de l'empreinte carbone des ménages. Les produits sains et bio restent perçus comme trop chers pour les foyers modestes.
Définie par la FAO (2010) comme respectueuse de la biodiversité, accessible, économiquement juste, sûre et saine. Cadre français structuré par les lois EGalim 1 & 2 (50 % de produits durables/qualité en restauration collective publique dont 20 % bio), la loi Climat et Résilience, le PNNS 4, la future SNANC et le Nutri-Score (inventé par Serge Hercberg).
Source : FAO (2010), Lois EGalim (2018/2021) & Santé publique FranceLe droit à l'alimentation
C'est l'affirmation que bien manger est un droit fondamental, et non une charité ou un privilège. Avoir faim dans un pays riche constitue un échec politique et démocratique collectif. Alors que le droit au logement est opposable en France (Loi DALO 2007), le droit à l'alimentation ne l'est pas encore.
Consacré par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (art. 11, 1966), la CIDE (art. 24 et 27) et la DUDH (art. 25). Plaidoyer porté par le Rapporteur spécial ONU Olivier de Schutter, le Secours Catholique et le Réseau SSA pour une inscription du droit à l'alimentation dans la Constitution française.
Source : Pacte DESC (art. 11), Olivier de Schutter & Réseau SSAArticulation avec l'économie quaternaire
L'ODD+ #5 est au cœur même de l'économie quaternaire à travers cinq dimensions indissociables :
Valeur ajoutée vs ODD ONU d'origine
L'ODD+ #5 fusionne et enrichit l'ODD 1 (Pas de pauvreté) et l'ODD 2 (Faim « zéro ») de l'ONU, qui souffrent de quatre limites structurelles majeures :
Limite 1 — Vision purement monétaire (ODD 1) : L'ODD 1 cible les seuils d'extrême pauvreté internationale (2,15 $/jour), ignorant la pauvreté multidimensionnelle et en conditions de vie des pays développés.
Limite 2 — Séparation artificielle pauvreté / alimentation : Les ODD 1 et 2 traitent séparément ces deux enjeux alors que l'insécurité alimentaire est la manifestation directe et la plus violente de la pauvreté.
Limite 3 — Faible articulation écologique de l'alimentation : L'ODD 2 vise la quantité calorique sans remettre en cause l'agro-industrie polluante, les pesticides et l'ultra-transformation.
Limite 4 — Absence de droit opposable à l'alimentation : Ni l'ODD 1 ni l'ODD 2 ne consacrent juridiquement le droit opposable à une alimentation saine et choisie.
En synthèse : Là où les ODD 1 et 2 traitent séparément et de manière curative la pauvreté monétaire et la faim dans le monde, l'ODD+ #5 réunit ces combats sous l'égide de la dignité humaine, de la transition agroécologique et du droit opposable à l'alimentation dans un pays riche.