Résumé synthétique
Stopper l'effondrement du vivant et faire émerger une nouvelle relation entre humanité et nature — en protégeant les écosystèmes, en restaurant ce qui a été dégradé, et en reconnaissant juridiquement le vivant comme sujet de droits et non comme simple ressource à exploiter.
Définition détaillée — Piliers fondamentaux
La biodiversité
C'est la variété de toutes les formes de vie sur Terre — animaux, plantes, champignons, bactéries — et de leurs interactions. Cette variété s'apprécie à trois niveaux : la diversité des gènes au sein d'une espèce (différentes variétés de tomates), la diversité des espèces (chat, lion, panda), et la diversité des écosystèmes (forêt tropicale, récif corallien, marais salant). Cette diversité n'est pas un luxe : elle est la condition même de la stabilité du système Terre et de notre survie.
Selon la Convention sur la Diversité Biologique (CDB, 1992), la biodiversité est « la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ».
Source : CDB 1992L'intégrité écologique
C'est la capacité d'un écosystème à fonctionner pleinement et durablement, avec toutes ses espèces et tous ses processus naturels (pollinisation, cycle de l'eau, formation des sols). Un écosystème « intègre » est un système qui peut se réguler tout seul, qui résiste aux chocs et qui rend ses services à l'humain sans qu'on ait besoin d'intervenir constamment.
L'intégrité écologique se mesure à la composition (présence des espèces natives), la structure (organisation spatiale et temporelle), et le fonctionnement (cycles biogéochimiques, flux d'énergie) d'un écosystème, par comparaison à un état de référence. C'est un concept central des sciences de la conservation depuis les années 1980.
Source : Sciences de la conservationLes droits du vivant
C'est l'idée — révolutionnaire dans le droit moderne — que la nature peut être un sujet de droits : un fleuve, une forêt, une montagne, une espèce, peuvent disposer juridiquement de droits propres (à exister, à évoluer naturellement, à être restaurés s'ils sont dégradés). Ils peuvent alors être défendus en justice par des « gardiens » humains. Ce n'est plus seulement à l'humain de décider ce qu'il fait de la nature ; la nature elle-même a une voix juridique.
Mouvement juridique émergent depuis les années 1970 (article fondateur de Christopher Stone « Should Trees Have Standing? », 1972), institutionnalisé en 2008 dans la Constitution de l'Équateur — premier pays à reconnaître les droits de la nature. Depuis : Bolivie (2010, Loi Pachamama), Nouvelle-Zélande (fleuve Whanganui 2017), Inde (Gange et Yamuna 2017), Colombie (fleuve Atrato 2016), Espagne (Mar Menor, 2022 — première en Europe), Panama (2022). Le concept transforme radicalement le paradigme juridique occidental où la nature était soit propriété privée, soit ressource publique à exploiter.
Source : Christopher Stone & Earth JurisprudenceL'effondrement de la biodiversité (sixième extinction)
C'est la disparition massive et accélérée des espèces vivantes que la Terre connaît actuellement, du fait des activités humaines. Le rythme actuel d'extinction est 100 à 1 000 fois supérieur au rythme naturel — c'est pourquoi les scientifiques parlent de « sixième extinction de masse » (la cinquième avait fait disparaître les dinosaures il y a 66 millions d'années). À la différence des précédentes, celle-ci est causée par une seule espèce : nous.
L'IPBES (2019) documente cinq facteurs principaux d'érosion : ① les changements d'usage des terres et des mers (1er facteur), ② la surexploitation directe des organismes, ③ le changement climatique, ④ les pollutions, ⑤ les espèces exotiques envahissantes. Ces cinq facteurs ont entre eux des interactions complexes qui amplifient leurs effets.
Source : IPBES 2019Articulation avec l'économie quaternaire
L'ODD+ #2 est l'un des ODD+ les plus profondément alignés avec l'économie quaternaire. Quatre raisons structurent cet alignement :
Valeur ajoutée vs ODD ONU d'origine
L'ODD+ #2 enrichit l'ODD 15 (« Vie terrestre ») et l'ODD 14 (« Vie aquatique »). Ces ODD ONU présentent trois limites structurelles majeures :
Limite 1 — Une vision anthropocentrée et utilitariste : Les ODD 14 et 15 traitent la nature comme un ensemble de services rendus à l'humanité (« écosystèmes essentiels », « ressources naturelles », « exploitation durable »). L'ODD+ #2 introduit une dimension non-anthropocentrique : le vivant a une valeur intrinsèque.
Limite 2 — L'absence des « droits du vivant » comme catégorie juridique : Aucun des 17 ODD ne mentionne la reconnaissance juridique des entités naturelles, alors que ce mouvement s'est massivement développé depuis 2010. L'ODD+ #2 inscrit cette dimension au cœur de l'objectif.
Limite 3 — La séparation artificielle entre vie terrestre et vie marine : Les ODD 14 et 15 séparent artificiellement les écosystèmes en deux catégories — alors que les zones côtières, cours d'eau (continuum terre-mer) et espèces migratrices traversent cette frontière. L'ODD+ #2 propose une approche intégrée sans cloisonnement.
En synthèse : Là où les ODD 14 et 15 ONU traitent la nature comme un patrimoine à conserver pour ses services à l'humanité, l'ODD+ #2 propose une rupture paradigmatique en reconnaissant le vivant comme sujet de droits, en intégrant les écosystèmes dans une approche systémique et en assumant une bascule vers l'économie quaternaire — où le vivant n'est plus une variable d'ajustement mais un fondement de la prospérité.