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ODD 2
FICHE PROSPECTIVE OFFICIELLE • HORIZON 2040
Révision #19 validée et publiée le 30/08/2026

Préservation de la biodiversité, intégrité et droits du vivant

Sections :1. Identité & Définition2. Diagnostic & Données Clés3. Lecture Systémique4. Cadre Scientifique & Juridique5. Prospective 2040 & Cibles6. Influencer & Agir
Bloc 1.1 — Identité & DéfinitionV 1.1 — 17/05/2026

Résumé synthétique

Stopper l'effondrement du vivant et faire émerger une nouvelle relation entre humanité et nature — en protégeant les écosystèmes, en restaurant ce qui a été dégradé, et en reconnaissant juridiquement le vivant comme sujet de droits et non comme simple ressource à exploiter.

Définition détaillée — Piliers fondamentaux

1

La biodiversité

Définition vulgarisée :

C'est la variété de toutes les formes de vie sur Terre — animaux, plantes, champignons, bactéries — et de leurs interactions. Cette variété s'apprécie à trois niveaux : la diversité des gènes au sein d'une espèce (différentes variétés de tomates), la diversité des espèces (chat, lion, panda), et la diversité des écosystèmes (forêt tropicale, récif corallien, marais salant). Cette diversité n'est pas un luxe : elle est la condition même de la stabilité du système Terre et de notre survie.

Définition précise :

Selon la Convention sur la Diversité Biologique (CDB, 1992), la biodiversité est « la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ».

Source : CDB 1992
2

L'intégrité écologique

Définition vulgarisée :

C'est la capacité d'un écosystème à fonctionner pleinement et durablement, avec toutes ses espèces et tous ses processus naturels (pollinisation, cycle de l'eau, formation des sols). Un écosystème « intègre » est un système qui peut se réguler tout seul, qui résiste aux chocs et qui rend ses services à l'humain sans qu'on ait besoin d'intervenir constamment.

Définition précise :

L'intégrité écologique se mesure à la composition (présence des espèces natives), la structure (organisation spatiale et temporelle), et le fonctionnement (cycles biogéochimiques, flux d'énergie) d'un écosystème, par comparaison à un état de référence. C'est un concept central des sciences de la conservation depuis les années 1980.

Source : Sciences de la conservation
3

Les droits du vivant

Définition vulgarisée :

C'est l'idée — révolutionnaire dans le droit moderne — que la nature peut être un sujet de droits : un fleuve, une forêt, une montagne, une espèce, peuvent disposer juridiquement de droits propres (à exister, à évoluer naturellement, à être restaurés s'ils sont dégradés). Ils peuvent alors être défendus en justice par des « gardiens » humains. Ce n'est plus seulement à l'humain de décider ce qu'il fait de la nature ; la nature elle-même a une voix juridique.

Définition précise :

Mouvement juridique émergent depuis les années 1970 (article fondateur de Christopher Stone « Should Trees Have Standing? », 1972), institutionnalisé en 2008 dans la Constitution de l'Équateur — premier pays à reconnaître les droits de la nature. Depuis : Bolivie (2010, Loi Pachamama), Nouvelle-Zélande (fleuve Whanganui 2017), Inde (Gange et Yamuna 2017), Colombie (fleuve Atrato 2016), Espagne (Mar Menor, 2022 — première en Europe), Panama (2022). Le concept transforme radicalement le paradigme juridique occidental où la nature était soit propriété privée, soit ressource publique à exploiter.

Source : Christopher Stone & Earth Jurisprudence
4

L'effondrement de la biodiversité (sixième extinction)

Définition vulgarisée :

C'est la disparition massive et accélérée des espèces vivantes que la Terre connaît actuellement, du fait des activités humaines. Le rythme actuel d'extinction est 100 à 1 000 fois supérieur au rythme naturel — c'est pourquoi les scientifiques parlent de « sixième extinction de masse » (la cinquième avait fait disparaître les dinosaures il y a 66 millions d'années). À la différence des précédentes, celle-ci est causée par une seule espèce : nous.

Définition précise :

L'IPBES (2019) documente cinq facteurs principaux d'érosion : ① les changements d'usage des terres et des mers (1er facteur), ② la surexploitation directe des organismes, ③ le changement climatique, ④ les pollutions, ⑤ les espèces exotiques envahissantes. Ces cinq facteurs ont entre eux des interactions complexes qui amplifient leurs effets.

Source : IPBES 2019

Articulation avec l'économie quaternaire

L'ODD+ #2 est l'un des ODD+ les plus profondément alignés avec l'économie quaternaire. Quatre raisons structurent cet alignement :

Capital non monétaire fondamental : L'économie classique ne sait pas valoriser ce qui ne s'échange pas sur un marché — la pollinisation gratuite des abeilles, la régulation climatique des forêts, l'épuration des zones humides, la diversité génétique des semences paysannes. L'économie quaternaire reconnaît que ces « services écosystémiques » et les droits intrinsèques du vivant sont les vraies fondations de la prospérité.
Communs du vivant et gouvernance partagée : Une forêt, un récif, une espèce ne peuvent pas être réduits à des « actifs ». Ils relèvent d'une gouvernance par les communs (Ostrom) qui mobilise communautés locales, savoirs traditionnels, sciences citoyennes, et institutions publiques.
Soin du vivant non marchand : Les bénévoles d'associations de protection de la nature, les paysans en agroécologie, les jardiniers, les observateurs de sciences citoyennes et les agents des parcs nationaux produisent une valeur écologique réelle appelant une reconnaissance économique et statutaire.
Régénération du vivant : Reconnaissance des droits du vivant dans la Constitution, refondation de l'agriculture sur l'agroécologie, zéro artificialisation nette, et sortie de la logique extractive sur les océans et les forêts.
Bascule paradigmatique : Une partie de l'ODD+ #2 peut être traitée par amélioration du cadre actuel (renforcement de Natura 2000, application de la SNB française, restauration). Mais une bascule paradigmatique vers le quaternaire est requise pour reconnaître les droits du vivant dans la Constitution, refonder l'agriculture sur l'agroécologie, transformer l'aménagement (zéro artificialisation nette) et sortir de la logique extractive sur les océans et les forêts.

Valeur ajoutée vs ODD ONU d'origine

L'ODD+ #2 enrichit l'ODD 15 (« Vie terrestre ») et l'ODD 14 (« Vie aquatique »). Ces ODD ONU présentent trois limites structurelles majeures :

Limite 1 — Une vision anthropocentrée et utilitariste : Les ODD 14 et 15 traitent la nature comme un ensemble de services rendus à l'humanité (« écosystèmes essentiels », « ressources naturelles », « exploitation durable »). L'ODD+ #2 introduit une dimension non-anthropocentrique : le vivant a une valeur intrinsèque.

Limite 2 — L'absence des « droits du vivant » comme catégorie juridique : Aucun des 17 ODD ne mentionne la reconnaissance juridique des entités naturelles, alors que ce mouvement s'est massivement développé depuis 2010. L'ODD+ #2 inscrit cette dimension au cœur de l'objectif.

Limite 3 — La séparation artificielle entre vie terrestre et vie marine : Les ODD 14 et 15 séparent artificiellement les écosystèmes en deux catégories — alors que les zones côtières, cours d'eau (continuum terre-mer) et espèces migratrices traversent cette frontière. L'ODD+ #2 propose une approche intégrée sans cloisonnement.

En synthèse : Là où les ODD 14 et 15 ONU traitent la nature comme un patrimoine à conserver pour ses services à l'humanité, l'ODD+ #2 propose une rupture paradigmatique en reconnaissant le vivant comme sujet de droits, en intégrant les écosystèmes dans une approche systémique et en assumant une bascule vers l'économie quaternaire — où le vivant n'est plus une variable d'ajustement mais un fondement de la prospérité.

Bloc 1.2 — Diagnostic & Enjeux

Situation actuelle — Données clés (France, Europe, Monde)

IndicateurDonnéePérimètreAnnéeSource
Espèces menacées d'extinction dans le monde42 108 sur 150 388 évaluées (28 %)Monde2022UICN — iucnredlist.org
Amphibiens menacés dans le monde41 %Monde2022UICN
Mammifères menacés dans le monde27 %Monde2022UICN
Conifères menacés dans le monde34 %Monde2022UICN
Effondrement populations de vertébrés sauvages-69 % en moyenne mondialeMonde1970-2020WWF Living Planet Report 2022
Insectes volants disparus en Europe en 30 ans-75 %Europe1990-2020étude Hallmann et al., PLOS ONE 2017
Cultures mondiales dépendant des pollinisateurs75 %Monde2024IPBES
Abeilles et papillons en déclin en Europe40 % des espècesEurope2024IPBES, Commission européenne
Milieux humides disparus depuis 197035 % au niveau mondialMonde1970-2024Ramsar Global Wetland Outlook
Forêts détruites chaque année10 millions d'hectaresMonde2024FAO, Forest Resources Assessment
Espèces évaluées en France métropolitaine et outre-mer17 367France2008-2024UICN-MNHN PatriNat
Espèces menacées en France (Liste rouge nationale)2 903 espèces (16,7 %)France2024UICN-MNHN PatriNat
Espèces ayant disparu de France depuis 2008189France2008-2024UICN-MNHN PatriNat
Part des espèces éteintes ou menacées en France18 %France2024SDES — Bilan environnemental
Espèces endémiques en France22 775 sur 212 033 inventoriées (11 %)France2024SDES
Mammifères menacés en France métropolitaine14 %France2024UICN-MNHN
Reptiles menacés en France métropolitaine24 %France2024UICN-MNHN
Amphibiens menacés en France métropolitaine23 %France2024UICN-MNHN
Oiseaux nicheurs menacés en France métropolitaine32 %France2024UICN-MNHN
Poissons d'eau douce menacés en France métropolitaine19 %France2021UICN-MNHN
Poissons migrateurs amphihalins éteints ou menacés46 %France métropolitaine2019UICN-MNHN
Indice oiseaux communs spécialistes en France-37 points entre 1989 et 2024France métropolitaine1989-2024SDES, Vigie-Nature
Population chauves-souris communes en France-43 % entre 2006 et 2021France2006-2021Vigie-Chiro, MNHN
Espèces d'intérêt communautaire en état favorable24 % (vs 28 % précédemment)France hexagonale2019-2024SDES, 4ᵉ évaluation Directive Habitats
Surface artificialisée en France depuis les années 1980+70 % (vs +19 % population)France1980-2024SDES
Zones humides françaises disparues>50 % depuis le XXᵉ siècleFrance1900-2024SDES, OFB
Espaces protégés en France métropolitaine6 690 (17 outils de protection)France2024OFB
Surface terrestre française sous protection33,9 % (objectif 30 %)France2024OFB
Surface terrestre française sous protection forte4,4 % (objectif 10 %)France2024OFB
Aires marines protégées françaises33 % de ZEE (4 % en protection forte)France2024OFB, SHOM
Coût des espèces exotiques envahissantes en France1,3 milliard € / anFrance2024MINCO
Oiseaux des champs disparus en France30 % en 30 ansFrance1995-2024Vigie-Nature, MNHN
Obstacles à l'écoulement des cours d'eau en France104 044 (dont 102 742 en métropole)France2023OFB
Aires éducatives terrestres et marines en France1 961 en gestion participativeFrance2025OFB

Enjeux majeurs

Enjeu 1

Nous vivons une sixième extinction de masse. Le rythme actuel d'extinction est 100 à 1 000 fois supérieur au rythme naturel. Cet effondrement entraîne la désintégration des écosystèmes dont nous dépendons (pollinisation, fertilité des sols, qualité de l'eau, régulation climatique, prévention des pandémies). L'intégrité écologique est une limite planétaire largement franchie selon le Stockholm Resilience Centre (2023).

Enjeu 2

La perte de biodiversité fragilise directement la santé humaine : 75 % des cultures dépendent des pollinisateurs (-40 % d'abeilles et de papillons en Europe). Les pandémies d'origine zoonotique (Covid-19, Ebola, grippe aviaire) sont étroitement liées à la dégradation des habitats sauvages, qui facilite les sauts d'espèces. Une planète moins vivante est une planète plus malade.

Enjeu 3

La valeur des services écosystémiques annuels est estimée à 125 000 milliards de dollars par Costanza et al. Le coût des espèces exotiques envahissantes pour la France est de 1,3 Md€/an. Le coût mondial de l'inaction estimé par l'IPBES atteint 10 % à 25 % du PIB mondial d'ici 2050. Le coût d'inaction dépasse de loin celui de l'action.

Enjeu 4

La disparition d'une espèce constitue la perte d'un imaginaire, d'une présence et d'une beauté irremplaçable. Les peuples autochtones — qui gèrent 25 % des terres mondiales et 80 % de la biodiversité — portent des cosmovisions où la nature est un parent, un commun, un sujet de respect. La crise est aussi spirituelle et culturelle.

Enjeu 5

La biodiversité est structurellement sous-prioritaire par rapport au climat dans le débat public : sur 100 € investis dans la transition écologique, à peine 5 à 10 € vont à la biodiversité. La France a fait des progrès (loi 2016, OFB, SNB 2030) mais l'écart aux objectifs reste massif.

Enjeu 6

Le mouvement des droits de la nature transforme le droit international : 24+ pays reconnaissent désormais des entités naturelles comme sujets de droits. Cette innovation reste largement absente du droit européen et français, en dehors de la jurisprudence isolée de la lagune du Mar Menor en Espagne (2022).

Enjeu 7

Les pays du Sud, particulièrement les pays mégadivers (Brésil, Indonésie, Colombie, Pérou…), abritent 70 % de la biodiversité mondiale. La question du partage juste des bénéfices issus des ressources génétiques (Protocole de Nagoya) et de la lutte contre la biopiraterie demeure un enjeu Nord/Sud central.

Enjeu 8

Les technologies offrent des outils d'observation précieux (ADN environnemental, IA Pl@ntNet/BirdNet, sciences citoyennes massives), mais soulèvent des risques éthiques majeurs : nouvelles techniques de modification génétique (NGT), brevetabilité du vivant, géo-ingénierie écosystémique et mirage de la « dé-extinction ».

Obstacles et freins

Type de frein / ObstacleDescriptionExemples concrets
InstitutionnelFaiblesse du droit international de la biodiversité (CDB non contraignante) et sanctions limitées.Cibles d'Aichi 2020 non atteintes ; cadre Kunming-Montréal sans tribunal coercitif.
ÉconomiqueModèle agricole intensif (PAC) structurellement défavorable à la biodiversité et subventions néfastes.60 % des aides PAC vont à l'agro-industrie ; 1 800 Md$/an de subventions néfastes mondiales.
SocialFaible mobilisation citoyenne comparée au climat et amnésie environnementale collective.Génération urbaine déconnectée du vivant ; déclin de la littératie naturaliste.
PolitiqueLobbying agro-industriel et reculs sur les réglementations environnementales.Polémique ZAN en France ; contestation de la Loi européenne sur la restauration de la nature 2024.
TechnologiquePression pour la brevetabilité du vivant et fausses solutions technosolutionnistes.Pression pro-NGT (New Genomic Techniques) ; mirage de la dé-extinction du mammouth.
CulturelSéparation occidentale moderne entre nature et culture et vision purement utilitariste.Réduction de la nature à de simples services marchands ; marginalisation des savoirs paysans.
CognitifSyndrome de la référence changeante (shifting baseline syndrome).Chaque génération considère comme « normal » l'état dégradé dont elle hérite.
GéopolitiqueTensions Nord/Sud sur l'accès aux ressources génétiques et biopiraterie.Déforestation amazonienne sous pressions commerciales ; surpêche hauturière mondiale.
FinancierSous-financement chronique de la protection de la biodiversité.Besoins mondiaux estimés à 700 Md$/an pour seulement ~150 Md$/an mobilisés.
Bloc 1.3 — Lecture Systémique & Interdépendances

Connexions avec les autres ODD+

L'ODD+ constitue un nœud systémique majeur : sa trajectoire conditionne et rétroagit sur les autres ODD+.

ODD+ connexeNature du lienDescription
ODD+ #1Lutte contre le dérèglement climatiqueInterdépendanceLe réchauffement détruit les écosystèmes ; la perte de biodiversité détruit les puits de carbone et accélère le réchauffement.
ODD+ #2Santé globale et préventionInterdépendanceLa biodiversité est un déterminant majeur de santé (prévention des zoonoses, pharmacopée naturelle, bien-être).
ODD+ #3Éducation émancipatriceInterdépendanceLa transmission de la littératie naturaliste et des savoirs écologiques est la condition de l'engagement.
ODD+ #4Souveraineté alimentaire et solsInterdépendance75 % des cultures dépendent des pollinisateurs ; l'agriculture intensive détruit la biodiversité mais l'agroécologie restaure l'équilibre.
ODD+ #5Préservation de l'eau bien communInterdépendanceLes zones humides et forêts régulent le cycle hydrologique et garantissent la qualité de l'eau.
ODD+ #6Économie régénérativeInterdépendanceL'économie régénérative est par essence une économie restaurant le vivant et sortant du dogme du PIB.
ODD+ #7Travail digne et métiers du vivantInterdépendanceLes métiers du vivant (paysans agroécologues, écologues, gardes nature) incarnent un travail digne et régénérateur.
ODD+ #8Consommation sobre et zéro déchetInterdépendanceLa sobriété matérielle et la réduction des plastiques diminuent directement la pression sur les écosystèmes.
ODD+ #9Industrie durableInterdépendanceL'extraction industrielle et les pollutions chimiques sont des causes majeures d'érosion des habitats.
ODD+ #10Paix durable et démocratieInterdépendanceLa gestion participative et locale des communs naturels prévient les conflits d'usage sur les terres et l'eau.
ODD+ #11Résilience systémiqueInterdépendanceLa diversité biologique est le bouclier premier de la résilience face aux chocs climatiques et sanitaires.
ODD+ #12Gouvernance des communs planétairesInterdépendanceLa biodiversité (haute mer, forêts primaires, génétique) est un commun planétaire exigeant une gouvernance partagée.
ODD+ #13Diversité culturelle et artistiqueInterdépendanceLien indissociable entre diversité culturelle (savoirs autochtones, imaginaires) et diversité biologique.

Effets croisés et boucles systémiques

Boucle 1 — Biodiversité ↔ Climat

Boucle 2 — Biodiversité ↔ Agriculture

Boucle 3 — Biodiversité ↔ Santé (One Health)

Causes systémiques profondes

1

Modèle agricole intensif et productiviste

Secteur : Agro-alimentaire | Tension : Rendement court terme vs durabilité

Première cause mondiale d'effondrement du vivant : monocultures, pesticides, engrais de synthèse, arrachage des haies, drainage des zones humides et 60 % de la PAC finançant ce modèle.

2

Urbanisation et artificialisation des sols

Secteur : Aménagement du territoire | Tension : Développement urbain vs préservation des habitats

Surface artificialisée en hausse de +70 % en France depuis 1980 (pour +19 % de population), fragmentant les continuités écologiques vitales.

3

Externalisation des coûts environnementaux

Secteur : Paradigme économique | Tension : Profits privés vs coûts écologiques collectifs

La destruction du vivant est financièrement rentable à court terme car les pertes de services écosystémiques ne sont pas facturées à leurs auteurs.

4

Marchandisation et brevetabilité du vivant

Secteur : Juridique & Économique | Tension : Appropriation privée vs communs de l'humanité

Concentration de 60 % du marché mondial des semences par 4 multinationales agrochimiques et logique d'appropriation du patrimoine génétique.

5

Déconnexion croissante humains-nature

Secteur : Culturel & Éducatif | Tension : Virtualisation vs ancrage sensible dans le vivant

Les populations urbaines passent 90 % de leur temps en intérieur, entraînant une amnésie naturaliste et une indifférence collective à l'effondrement.

6

Syndrome de la référence changeante (shifting baseline)

Secteur : Cognitif | Tension : Mémoire historique vs perception dégradée

Chaque génération normalise l'état appauvri dont elle hérite, sous-estimant la violence de l'effondrement historique.

7

Capture réglementaire par les lobbies agro-industriels

Secteur : Politique | Tension : Intérêt général vs intérêts corporatistes

Influence disproportionnée des syndicats agricoles productivistes et de l'industrie agrochimique sur les directives européennes et françaises.

8

Séparation occidentale moderne « Nature / Culture »

Secteur : Philosophique | Tension : Dualisme cartésien vs continuum du vivant

Construction culturelle traitant la nature comme un décor extérieur inanimé mis à la disposition exclusive de l'exploitation humaine.

Tensions, arbitrages et risques de contradictions

Tension 1

Tension 2

Tension 3

Tension 4

Tension 5

Bloc 2 — Cadre Scientifique, Juridique & Écosystème

Cadre scientifique & Publications majeures

Cadre juridique & institutionnel

Cartographie des experts de référence

🇫🇷

Philippe Descola

Anthropologue, médaille d'or CNRSCollège de France / CNRS

Travaux clés : Par-delà nature et culture (2005), Les formes du visible (2021)

🇫🇷

Catherine Larrère

Philosophe de l'environnementUniversité Paris-Sorbonne

Travaux clés : Penser et agir avec la nature (2015), Le pire n'est pas certain (2020)

🇫🇷

Marc-André Selosse

Microbiologiste et mycologueMuséum national d'Histoire naturelle

Travaux clés : Jamais seul (2017), L'origine du monde (2021)

🇫🇷

Baptiste Morizot

Philosophe de la sensibilité au vivantUniversité Aix-Marseille

Travaux clés : Manières d'être vivant (2020), Sur la piste animale (2018)

🇫🇷

Virginie Maris

Philosophe de l'environnementCNRS

Travaux clés : La part sauvage du monde (2018), Philosophie de la biodiversité (2010)

🇫🇷

Vincent Devictor

Écologue, coordinateur Vigie-NatureCNRS-ISEM Montpellier

Travaux clés : Nature en crise (2015), Suivi des oiseaux communs en France

🇦🇷

Sandra Díaz

Écologue, co-présidente Global Assessment IPBES 2019Université Nationale de Córdoba / IPBES

Travaux clés : Rapport mondial IPBES sur la biodiversité (2019)

🇺🇸

Robin Wall Kimmerer

Biologiste et écrivaine autochtoneSUNY College / Nation Potawatomi

Travaux clés : Braiding Sweetgrass / Tresser les herbes sacrées (2013)

Mapping des associations & ONG engagées

AssociationPaysObjet & VisionActions engagées
France Nature Environnement (FNE)FranceFédération française de protection de la nature (3 500 associations)Plaidoyer législatif, contentieux écologiques, veille citoyenne, éducation.
Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)FranceProtection des oiseaux, de la faune sauvage et des milieux naturelsRefuges LPO (40 000+), soins à la faune, sciences participatives, réserves.
ASPAS — Protection des Animaux SauvagesFranceDéfense de la faune sauvage et du réensauvagementCréation de Réserves de Vie Sauvage en libre évolution, défense des prédateurs.
Notre Affaire à TousFranceJustice climatique et reconnaissance des droits de la natureAffaire du Siècle, recours juridiques, propositions constitutionnelles pour le vivant.
PollinisFranceProtection des insectes pollinisateurs et des abeillesPlaidoyer contre les pesticides néonicotinoïdes, financement de recherches citoyennes.
Rewilding EuropeEuropeRestauration à grande échelle et réensauvagement d'écosystèmes11 zones pilotes de réensauvagement, réintroduction de bisons et grands rapaces.
Bloc 3 — Projeter, Innover & Mesurer (Prospective 2040)

Prospective 2040 — Scénarios d'évolution

🟢
Scénario positif

La France et l'Europe championnes du vivant régénéré

En 2040, la France a réussi sa bifurcation écologique : la trajectoire d'effondrement de la biodiversité est inversée. 20 % des écosystèmes dégradés ont été restaurés en 2030, 50 % en 2040. 34 % du territoire est sous protection dont 12 % en protection forte. 70 % des paysans français sont en agroécologie ou bio. Les droits de la nature sont inscrits dans la Constitution depuis 2032 avec 20+ entités naturelles dotées de personnalité juridique (Loire, Rhône, Camargue, Calanques). 3 millions de citoyens participent activement aux sciences citoyennes.

🟡
Scénario intermediaire

La France et l'Europe à mi-chemin

La France maintient ses aires protégées mais avec une protection forte insuffisante (8 % vs 12 % ciblés). La Loi sur la restauration de la nature n'est appliquée qu'à 10 % en 2030. La PAC reste majoritairement productiviste avec seulement 30 % d'agroécologie. Quelques entités locales disposent d'un statut juridique pilote mais sans garantie constitutionnelle générale. Le déclin des espèces communes ralentit sans être enrayé.

🔴
Scénario negatif

La France et l'Europe en délitement écologique

La Loi sur la restauration de la nature a été vidée de sa substance sous la pression des lobbies agro-industriels. Le ZAN est abandonné, l'artificialisation reprend à plus de 15 000 ha/an. Les espèces menacées augmentent de 25 % d'ici 2040, la pollinisation s'effondre provoquant des baisses massives de rendements agricoles et de nouvelles pandémies zoonotiques frappent le continent.

Cibles stratégiques à l'horizon 2040

Cible 12035

Zéro perte nette de biodiversité d'ici 2035

Inverser l'érosion du vivant d'ici 2030 puis stabiliser durablement les populations d'espèces indigènes (SNB 2030 et Stratégie UE).

Cible 22030

34 % d'aires protégées dont 12 % en protection forte d'ici 2030

Montée en gamme qualitative de la protection terrestre et marine (SNAP 2030 et Kunming-Montréal).

Cible 32030

Restauration de 20 % des écosystèmes dégradés en 2030, 100 % en 2050

Transposition et application intégrale de la Loi européenne sur la restauration de la nature 2024.

Cible 42032

Reconnaissance constitutionnelle des droits du vivant d'ici 2032

Inscription des droits de la nature dans la Constitution française et statut de personne juridique pour 20+ entités naturelles.

Cible 52040

70 % de la SAU française en bio et agroécologie d'ici 2040

Transformation du modèle agricole pour restaurer la fertilité biologique et la faune des sols.

Cible 62035

Réduction de 70 % de l'usage des pesticides d'ici 2035

Sortie définitive des néonicotinoïdes, du glyphosate et des SDHI pour sauver les pollinisateurs.

Cible 72050

Zéro Artificialisation Nette (ZAN) en 2050

Étape intermédiaire de -50 % en 2031 et arrêt définitif de la destruction nette des sols vivants.

Cible 82030

Formation de 100 % des élèves à la biodiversité d'ici 2030

Généralisation des Aires Éducatives (5 000 aires d'ici 2030) et littératie naturaliste dès le primaire.

Indicateurs & KPIs de pilotage

Indicateur de pilotage

Part des espèces menacées en France (Liste Rouge)

Actuel :16,7 % (2 903 espèces)
Indicateur de pilotage

Part des surfaces françaises en protection forte

Actuel :4,4 %
Indicateur de pilotage

Part de la SAU en bio et agroécologie

Actuel :11 % (2024)

Feuille de route chronologique

2025-2027

2028-2031

2032-2035

2036-2040

Bloc 4 — Influencer & Agir (Playbook de Transformation)

4.1 Politiques publiques & Régulations

Régulations en France

Application stricte de la Loi Biodiversité 2016 et déploiement intégral des 40 mesures de la SNB 2030.,Transposition ambitieuse de la Loi européenne sur la restauration de la nature avec financements garantis.,Maintien de la trajectoire Zéro Artificialisation Nette (ZAN) avec soutien d'ingénierie aux collectivités.,Inscription des droits de la nature dans la Constitution et reconnaissance de la personnalité juridique des grands fleuves.,Plan Écophyto renforcé pour atteindre -70 % d'usage des pesticides d'ici 2035.,Doublement du budget public dédié à la biodiversité pour atteindre 5 Md€/an (OFB, parcs, CEN).

Complémentarité européenne

Mise en œuvre du Règlement européen sur la restauration de la nature (20 % en 2030, 100 % en 2050).,Réforme en profondeur de la PAC post-2027 pour conditionner 100 % des aides à des pratiques agroécologiques.,Application intégrale du Règlement EUDR interdisant l'importation de produits issus de la déforestation.,Inclusion des droits de la nature dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE.

Projets prioritaires pour le futur

ProjetNiveau d'effortJustification
Projet 1Élevé
Projet 2Élevé
Projet 3Très élevé
Projet 4Élevé

4.2 Entreprises & Modèles économiques de transition

Modèle / StratégieDescriptionExemples
Modèle 1Pratiques agricoles restaurant la vie des sols, les haies, les mares et la biodiversité cultivée.Pour une Agriculture du Vivant, Nataïs, coopératives bio.
Modèle 2Production et transmission de semences reproductibles et diversifiées hors monopoles.Kokopelli, Biaugerme, Réseau Semences Paysannes.
Modèle 3Lien direct producteurs-consommateurs garantissant un revenu paysan juste et des pratiques durables.2 000+ AMAP en France, 50 000 familles adhérentes.
Modèle 4Gestion forestière durable proscrivant les coupes rases et favorisant la diversité des essences.ONF, réseaux Pro Silva France.
Modèle 5Pratiques halieutiques douces respectant les cycles de reproduction et proscrivant le chalutage de fond.Pêcheurs artisans bretons, labels MSC/Artisans.
Modèle 6Activités touristiques finançant directement la gestion des aires protégées et des parcs.Parcs nationaux, réserves naturelles régionales.

4.3 Citoyen·nes & Société civile

Action concrèteObjectif / Justification
Zéro produit issu de la déforestation importée100 % des achats d'huile de palme, soja, café, cacao certifiés sans déforestation
Réduction de la consommation de viande et produits animaux-50 % de viande rouge et 50 % de bio/local
Jardinage 100 % naturel sans aucun pesticide100 % du jardin ou balcon cultivé sans chimie de synthèse
Culture de semences paysannes et plantes nectarifèresAu moins 3 variétés anciennes et massifs fleuris pour pollinisateurs
Participation à un programme de sciences citoyennesAu moins 1 participation régulière (Vigie-Nature, Pl@ntNet, BirdNet, SPIPOLL)
Création d'un refuge pour la biodiversitéInscrire son terrain ou balcon comme Refuge LPO ou Oasis Nature
Adhésion et soutien à une association de protection de la nature1 don ou adhésion annuelle (FNE, LPO, ASPAS, Pollinis, Notre Affaire à Tous)