Résumé synthétique
Garantir à chaque humain l'accès à une énergie propre et abordable et à une eau potable saine comme droits fondamentaux, tout en transformant en profondeur la manière dont nos sociétés extraient, transforment et partagent les ressources naturelles essentielles — pour qu'elles restent disponibles, équitables et compatibles avec la santé des écosystèmes pour les générations présentes et futures.
Définition détaillée — Piliers fondamentaux
Les énergies propres
Ce sont les énergies qui n'émettent pas (ou très peu) de gaz à effet de serre et qui ne dégradent pas durablement les écosystèmes. Cela inclut principalement le solaire, l'éolien, l'hydraulique, la géothermie, certains usages de la biomasse, et — c'est débattu — le nucléaire (bas-carbone mais à risques spécifiques). Une énergie n'est jamais totalement « propre » : elle a toujours une empreinte (matériaux, fabrication, déchets), mais certaines sont massivement moins polluantes que les fossiles.
Selon l'AIE (Agence Internationale de l'Énergie), les énergies « low-carbon » recouvrent les renouvelables (solaire, éolien, hydro, géo, biomasse durable) et le nucléaire. La notion de « propre » doit intégrer l'analyse en cycle de vie (ACV) : extraction des matières premières, fabrication, exploitation, démantèlement, gestion des déchets.
Source : AIE (Agence Internationale de l'Énergie)L'eau potable et l'assainissement (WASH)
L'eau potable, c'est l'eau que l'on peut boire sans risque pour la santé — disponible chez soi ou à proximité, en quantité suffisante, et accessible quand on en a besoin. L'assainissement, c'est l'évacuation et le traitement des eaux usées et des excréments pour qu'ils ne contaminent pas l'environnement et la santé. Ensemble, on parle de « WASH » (Water, Sanitation, Hygiene).
L'OMS distingue 3 niveaux d'accès : (1) « gérée en toute sécurité » — eau potable à domicile, disponible quand nécessaire, exempte de contamination ; (2) « élémentaire » — point d'eau potable à moins de 30 min aller-retour ; (3) « limitée » — point d'eau à plus de 30 min. L'accès à l'eau a été reconnu droit fondamental par la résolution ONU du 28 juillet 2010 (50 à 100 L/personne/jour).
Source : OMS-UNICEF JMP & Résolution ONU 2010Les ressources naturelles critiques
Ce sont les matières premières indispensables au fonctionnement de nos sociétés dont l'approvisionnement est fragile (concentration géographique, géopolitique, épuisement, impacts environnementaux). Cela inclut les métaux (cuivre, aluminium, nickel), les métaux rares et critiques (lithium, cobalt, terres rares — indispensables aux énergies renouvelables et au numérique), les minéraux (sable, phosphate), et l'eau douce. Sans gestion durable, leur extraction massive détruit les écosystèmes et alimente les conflits.
La Commission européenne actualise sa liste des Critical Raw Materials (CRM). En 2023, elle compte 34 matières premières critiques dont 16 stratégiques. Le Critical Raw Materials Act (2024) fixe des objectifs européens : 10 % d'extraction interne, 40 % de transformation, 25 % de recyclage, max 65 % d'importation d'un seul pays tiers d'ici 2030.
Source : Commission Européenne — CRMA 2024La gestion intégrée des ressources (GIRE)
C'est l'idée qu'on ne peut pas gérer séparément l'eau, l'énergie, les sols, les forêts — ils sont interconnectés. Une centrale hydroélectrique influence le débit des rivières et donc l'eau potable et l'agriculture ; produire de l'hydrogène vert consomme de l'eau ; le solaire occupe des sols qui peuvent être agricoles. La gestion intégrée articule tous ces usages en concertant les acteurs et en respectant les limites des écosystèmes.
Adoptée au Sommet de Rio (1992), la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) favorise le développement et la gestion coordonnés de l'eau, des terres et des ressources connexes, en vue de maximiser le bien-être économique et social équitable sans compromettre la durabilité des écosystèmes vitaux. L'indice GIRE mondial moyen est de 54 % en 2020 (PNUE).
Source : Sommet de Rio 1992 & PNUEArticulation avec l'économie quaternaire
L'ODD+ #3 est l'un des ODD+ les plus profondément alignés avec l'économie quaternaire. Quatre raisons structurent cet alignement :
Valeur ajoutée vs ODD ONU d'origine
L'ODD+ #3 enrichit l'ODD 6 (Eau propre et assainissement), l'ODD 7 (Énergie propre et d'un coût abordable) et partiellement l'ODD 12 (Consommation responsable). Ces ODD ONU présentent trois limites structurelles majeures :
Limite 1 — La séparation artificielle eau / énergie / matériaux : Les ODD 6 et 7 traitent l'eau et l'énergie isolément alors qu'ils forment un nexus indissociable (refroidissement thermique, hydroélectricité, pompage). L'ODD+ #3 intègre eau, énergie et matières premières critiques.
Limite 2 — L'angle mort des « ressources critiques » : Aucun des 17 ODD ne traite explicitement des métaux rares indispensables à la transition énergétique et numérique (lithium, cobalt, terres rares, cuivre). L'ODD+ #3 place cette dimension au cœur de l'autonomie stratégique.
Limite 3 — La faible dimension géopolitique et de gouvernance des communs : Les ODD 6 et 7 insistent sur l'accès universel sans traiter la souveraineté territoriale, les biens communs et la démocratie locale.
En synthèse : Là où les ODD 6 et 7 ONU traitent l'accès à l'eau et à l'énergie comme des services à étendre dans un cadre économique inchangé, l'ODD+ #3 propose une approche systémique intégrant eau, énergie et matériaux comme communs essentiels, ajoute la dimension critique des ressources minérales et défend une bascule vers une économie quaternaire sobre, régénérative et équitable.